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Index

Introduction

Introduction

[v1.0 mise-à-jour le 18:49:03 - October 18, 2020] [compare v0.2]

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond avec l’édition scientifique ? Comment en est-on arrivés là ? La publication savante est montrée du doigt de manière récurrente par les chercheur·e·s et leurs institutions. Ces derniers n’en sont-ils pas pourtant les fournisseurs ?

Olivier Ertzscheid publie sur son blog Affordance.info en 2016 un billet au titre éloquent « Pourquoi je ne publie(rai) plus (jamais) dans des revues scientifiques » (2016), et s’en explique effectivement dans un texte aussi convaincant qu’indigné« Notre putain de métier c’est d’enseigner, de produire des connaissances scientifiques permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ET DE PARTAGER CES Putain DE CONNAISSANCES AVEC LES GENS. Pas JUSTE avec nos gentils étudiants ou JUSTE avec nos charmants collègues, AVEC LES GENS. Notre putain de métier ce n’est pas d’attendre deux putain d’années que d’improbables pairs qui auraient par ailleurs bien mieux à faire - de la recherche ou des cours - aient bien constaté que nous n’écrivions pas n’importe quoi pour nous donner, au bout de deux ans, la permission de voir nos écrits diffusés avec un niveau de confidentialité qui rendrait jaloux les banques suisses et avec un coût d’accès qui … rendrait aussi jaloux les banques suisses. » (Ertzscheid 2016, sur Hypothesis)

.

On retrouvait déjà certains de ses arguments dans la « catilinaire » de Marcello Vitali-Rosati intitulée « Éditeurs, arrêtez de prendre en otage la connaissance ! » (2015b), et publiée sur le site TheConversation.com.

Mon cri est un cri de désespoir : depuis des années, ma pratique de chercheur et d’enseignant est sabotée par les éditeurs ! (Vitali-Rosati 2015b, sur Hypothesis)

« Immobilisme », « désespoir », « prise d’otage », « sabotage », « extorsion de fond », ou encore « guerilla »… Les mots semblent forts. Décalés ? La violence de la polémique a en effet de quoi étonner si l’on considère les bonnes pratiques langagières en cours dans le champ académique, ou encore la posture souvent dépolitisée propre à l’objectivité scientifique, de mise dans les cercles initiés. Qui plus est, ne s’agit-il pas simplement de livres ? de revues ? de feuillets imprimés ? Cette virulence doit-elle alors être comprise au second degré ? Ces « coups de gueule » relèvent-ils de l’anecdote ?

Il se trouve que les diverses problématiques de l’édition scientifique ne sont pas nouvelles et traversent le champ des sciences humaines comme un gage de réflexivité raisonnable. De fait, plusieurs champs disciplinaires scrutent effectivement les modalités de la communication scientifique. Malgré ces travaux, dont je ferai ci-dessous un bref passage en revue, la « crise » semble toujours bien présente, comme si les institutions et les acteurs de l’édition scientifique n’avaient pas pris toute la mesure de leur époque. Et en effet, ces deux exemples témoignent de la tension grandissante entre l’édition et ses fournisseurs-usagers, comme de la nécessité de dépasser la réflexion pour engager concrètement l’édition scientifique dans la révolution qui s’impose. Déjà en 2007, dans un article interrogeant l’avenir des revues savantes (2007), Michel Pierssens affirme que le virage numérique marquera l’édition scientifique bien plus profondément qu’une simple « dématérialisation » de ses contenus. « Un tournant historique irréversible a été pris et rien ne sera jamais comme avant », déclare-t-il (2007, sur Hypothesis).

Mais est-il vraiment possible, selon les termes de Michel Pierssens, de « tout repenser autrement » ? C’est le chantier que j’ouvre ici humblement, à l’issue de cinq années de recherche, d’enquête et d’expérimentation, porté par des enjeux, des discours et des visions dépassant largement le champ de l’édition scientifique.

Écrire : le tournant numérique de l’inscription

Lors de la phase préliminaire de mon travail de thèse, j’élaborai avec ma directrice de thèse Louise Merzeau un premier titre :

Dispositifs d’éditorialisation en environnement numérique : vers un renouvellement des pratiques d’écriture et de lecture en lettres et sciences humaines ?

Ce titre posait un objet d’étude – les dispositifs d’éditorialisation, un contexte d’étude – l’environnement numérique, et une direction – ce « vers », encore hypothétique, suggérant la transformation des pratiques d’écriture et de lecture au sein du champ scientifique des lettres et sciences humaines. Même si la thèse que je présente aujourd’hui s’intitule autrement, cette première ébauche est finalement restée pertinente tout au long de mes recherches, jalonnées de redéfinitions et de revirements, jusqu’au rétrécissement du champ d’étude sur l’édition scientifique et plus spécifiquement sur la revue scientifique.

Des « pratiques d’écriture » à l’édition, le chemin parcouru épouse en fait une idée forte, celle d’une écriture indissociable de sa matérialité. Cette idée consiste à dire que les gestes d’écriture, ses pratiques et ses « techniques intellectuelles » sont intimement liés aux supports d’inscription et aux formes éditoriales qui les transmettent, voire aux canaux de diffusion qui les font circuler. L’édition, en tant qu’intermédiaire où se joue justement la matérialité des écrits, constitue ainsi le nœud central de la production et de la diffusion des idées et des connaissances. Elle est à la fois ce vers quoi tend l’écriture, et ce qui structure la connaissance.

Ce premier principe suppose que la pensée elle-même est soumise aux conditions de matérialité de l’écriture, suggérant alors que toute altération de cette matérialité entrainerait la transformation ou l’évolution des techniques intellectuelles par lesquelles se réalise le processus de la pensée. La « raison graphique », introduite par l’anthropologue Jack Goody (1979) articule parfaitement l’inscription visuelle et matérielle avec ce qui se passe dans le cortex cérébral, et qui reste d’ailleurs encore largement un mystère. Cette relation entre pensée et écriture constitue également un point d’entrée dans les travaux actuels se situant à la croisée de l’anthropologie de l’écriture et des sciences cognitives, étudiant par exemple l’évolution des connexions cérébrales dans les cerveaux de jeunes apprenants et leur comparaison d’un système d’écriture à un autre. Maryan Wolf, neurologue spécialiste du cerveau des enfants, n’hésite pas ainsi à faire le parallèle sur un plan neurologique entre l’acquisition du langage et de la littératie par l’enfant et la longue acquisition du langage et de l’écriture par les différentes civilisations humaines. L’histoire va notamment dans le sens d’une abstraction progressive des signes et de leur détachement symbolique avec les choses du réel. L’alphabet constitue de ce point de vue un aboutissement redoutablement efficace, concentrant en une vingtaine de signes seulement tout ce qu’il fallait pour inscrire les langues – et la pensée – dans toute leur complexité. Sa proximité au langage, qui se manifeste dans la reconstruction des phonèmes notamment, a établi des connexions neuronales inédites dans le cerveau de ses usagers. En particulier, il apparait que le moment précis où l’enfant apprend à combiner les lettres en phonèmes et les phonèmes en mots, puis en phrases, dans un sens (l’écriture) et dans l’autre (la lecture), correspond à une intense production de connexions cérébrales inter-hémisphère, caractéristique de la littératie alphabétique. Or cette génération neuronale nécessite l’apprentissage du geste d’écriture, lorsque la main apprend à tracer patiemment lettre après lettre une ligne-mot, démontrant le lien très particulier entre la graphie et l’élaboration du sens. Selon le niveau d’abstraction des systèmes d’écriture, ce lien n’est pas le même et les cultures écrites ne mobilisent pas de la même façon les deux hémisphères du cerveau.

Que se passe-t-il quand le système d’écriture s’abstrait encore davantage ? Le numérique, décomposant encore le signe alphabétique en une ultime abstraction faite de 0 et de 1, n’engage-t-il pas une nouvelle révolution de l’écrit, et avec elle de la pensée ?

Pour la neurologue, l’introduction du numérique comme support – ou environnement – d’écriture et de lecture constitue un changement majeur sur le plan neuronal, modifiant potentiellement le mécanisme cérébral qui articule la parole, le langage, l’écrit et la pensée. La présente thèse ne cherchera pas à élucider cette question, passionnante par ailleurs. Je prendrai plutôt pour acquis que le numérique constitue une énième (r)évolution des systèmes d’écriture et de lecture, avec ses éléments de continuité et ses éléments de rupture, déplaçant d’emblée mon attention sur la nature du « renouvellement ».

Ce renouvellement des pratiques s’observe en effet presque partout, quel que soit le corps de métier, la tranche sociale ou générationnelle. L’université, lieu par excellence de l’écrit, n’est pas épargnée par l’introduction de nouvelles pratiques d’écriture et de lecture dans les activités du chercheur, de l’enseignant ou de l’étudiant. Ce sont ces changements qui ont suscité la présente thèse, dans la tension qui s’est installée entre les pratiques émergentes et les pratiques institutionnalisées. L’édition scientifique, à travers ses tentatives pour passer au numérique, cristallise en effet un certain nombre de tiraillements exacerbés par le basculement de l’imprimé dans le numérique.

Éditer : les défis d’un régime d’autorité renouvelé

Parmi les différents artefacts éditoriaux caractéristiques de l’édition scientifique, la revue scientifique tient une place particulière, tant sur le plan symbolique de la légitimation des écrits et des individus, que sur le plan scientifique de la production et de la circulation des connaissances. Les revues se sont en effet établies comme un rouage central de la communication scientifique au sein de la communauté savante. Comme Vittu l’a montré dans ses travaux sur les premiers périodiques savants, la revue est rapidement devenue un outil de travail au cœur de l’activité du chercheur.

Au cours de son processus de formalisation éditoriale, la revue a également institué des modalités d’écriture, d’évaluation et de validation qui définissent finalement les critères de la scientificité. Ces modalités s’incarnent dans le protocole éditorial de chaque revue, matérialisant en quelque sorte les mécanismes de l’autorité et de la légitimité scientifique.

Intimement liée à la reconnaissance institutionnelle des protocoles, la légitimation est l’une des fonctions éditoriales qu’assurent les revues scientifiques. Or nous verrons que ces protocoles sont également liés à la matérialité des supports d’écriture et d’édition. Le processus éditorial est en effet largement dédié à la production de l’artefact dans lequel se projette l’ensemble des fonctions éditoriales. Aussi, la profonde mutation de sa matérialité nous incite à questionner les fondements du processus éditorial, des protocoles qui le structurent, et par conséquent des fonctions éditoriales elles-mêmes. Que devient alors la revue scientifique ? Comment doit-elle elle-même se renouveler ? Que deviennent ses fonctions éditoriales traditionnelles ? Ou encore, qu’est-ce qu’éditer dans l’environnement numérique ?

On associe souvent l’environnement numérique avec une plus grande accessibilité de l’information et des contenus. Sur le plan structurel, celle-ci résulte directement de l’infrastructure protocolaire de l’Internet et du Web, implémentant l’adressage universel respectivement des machines (protocole IP) et des documents (protocole HTTP). Mais c’est également sur le plan culturel, à travers les écritures hypertextuelles et le partage social des adresses, que se joue cette accessibilité. L’espace numérique a ainsi favorisé une nouvelle dynamique de circulation des documents, des informations et des connaissances. C’est bien l’un des enjeux que poursuit de fait la communication scientifique et, en son sein, l’édition scientifique.

L’écosystème informationnel s’appuie par ailleurs sur les données associées à chaque ressource circulante. Ce qu’on appelle les métadonnées ne sont pas chose nouvelle. Elles constituaient déjà dans le monde imprimé les points d’entrée dans la masse d’informations, listant, classant, triant, cartographiant les contenus selon les auteurs, les thématiques, les dates, les entités nommées, ou tout autre élément d’information renseignant un contenu. Mais l’informatique a entièrement automatisé la manipulation de ces données sur les données, par le développement de technologies logicielles et algorithmiques de plus en plus sophistiquées. Comme la boussole et le sextant à leur époque, les moteurs de recherche sont devenus les nouvelles technologies de repérage et d’orientation. Et comme eux, ils ont prodigué à leurs créateurs un pouvoir colossal sur l’espace numérique.

C’est dans cet écosystème informationnel que les éditeurs doivent désormais exercer leurs fonctions, largement affectées par ce nouveau régime de l’autorité. Quelle est la nature de ce régime ? Quels en sont les tenants et les aboutissants et comment peut s’y positionner l’éditeur ? Quelle maîtrise conserve-t-il encore, c’est-à-dire aussi quelle autorité peut-il revendiquer – et prodiguer – alors même qu’il n’est plus qu’un acteur parmi d’autres, des processus de légitimation qu’il garantissait ? À titre d’exemple, l’édition, notamment scientifique, agissait comme un intermédiaire essentiel auprès d’un public pour discriminer les contenus jugés inopportuns des contenus pertinents, et rendre ces derniers accessibles. Or cette fonction de sélection se voit aujourd’hui court-circuitée par les moteurs de recherche capables de recommander de manière efficace et personnalisée des contenus parmi la multitude déjà publiée et accessible sur les réseaux.

L’éditeur doit ainsi reprendre la main sur les circuits de circulation des contenus dont il s’engage à garantir la qualité et la pertinence. Le dispositif d’éditorialisation constitue peut-être une piste dans le sens de la « maîtrise de la déprise ». Cette formule est empruntée à Louise Merzeau qui l’employait pour parler des stratégies de dérivation développées par les utilisateurs des grandes plateformes du Web afin de pallier la perte de contrôle de leurs usages, restreints et conditionnés par les algorithmes et par des interfaces de plus en plus normalisées. L’éditeur lui aussi semble devoir élaborer des stratégies nouvelles d’occupation de l’espace numérique, et reprendre ainsi un certain contrôle de ses propres actions, en réinventant au besoin les fonctions éditoriales qui lui incombent. Mon hypothèse s’appuyait ainsi premièrement sur la notion d’éditorialisation, que l’on peut concevoir à ce stade en tant que processus de production, de circulation et de légitimation des contenus dans l’espace numérique. Elle s’appuyait deuxièmement sur la notion plus opérationnelle de dispositif. Cette dernière suggère par exemple l’idée d’un agencement à composer, d’un appareil à opérer, ou encore d’acteurs et de ressources à disposer. Autant d’opérations qui supposent un savoir-faire, des pratiques et une maîtrise de l’environnement dans lequel l’éditeur peut agir.

De quel·s dispositif·s d’éditorialisation parlons-nous en ce qui concerne l’édition scientifique périodique ? Et si l’on déplace le regard sur ce qu’il produit, de quelle circulation et de quelle légitimation relèveraient ce·s dispositif·s d’éditorialisation ? En considérant que la pensée et le savoir épousent les dispositifs de lecture et d’écriture qui les supportent, les rendent possibles et les diffusent, vers quoi devraient tendre alors les processus d’éditorialisation scientifiques ? Et comment les voir adoptés et légitimés par l’institution académique ?

Converser : une herméneutique du savoir

Les sciences humaines se distinguent des sciences naturelles par la nature sémiotique des entités qu’elles étudient. Pour reprendre les termes de Jean-Guy Meunier, « leur qualité première n’est pas d’être dénombrable, énumérable mais avant d’avoir un sens ou une signification » (Meunier 2014). Si des systèmes de pensée se sont mis en place dans certaines disciplines ou autour de certain.e.s penseurs et penseuses, il n’en demeure pas moins que ces systèmes sont des constructions discursives proposant un prisme particulier d’observation et d’analyse du fait culturel ou sociétal. Contrairement aux sciences dures qui traitent d’objets parfaitement modélisables et mathématiquement formalisés, les sciences dites “molles” traitent de sujets qui échappent à toute abstraction mathématique et se réfugient dans des abstractions conceptuelles subjectives. Chaque énoncé se conçoit donc comme l’interprétation d’un autre énoncé. Pour construire son interprétation, le registre scientifique impose de s’appuyer sur d’autres énoncés. D’énoncé en énoncé et d’interprétation en interprétation, la vérité s’érige tel un château de cartes, fragile et précaire. Elle n’a de scientifique que ses normes éditoriales et ses protocoles de communication qui constituent finalement ses critères de scientificité. Ces normes établissent notamment un système de références permettant de vérifier l’origine des énoncés invoqués, et d’attribuer au nouvel énoncé sa propre citabilité. Si la chaîne de citations et de références est effectivement vérifiable, les interprétations demeurent de fait subjectives. Et donc discutables. C’est en fait le propre de l’énoncé discursif que d’être discuté et de susciter une conversation. La précarité du château de cartes n’est donc pas une faiblesse, elle est sa raison d’être. On peut ainsi concevoir l’énoncé en sciences humaines comme une mise en conversation d’autres énoncés et, pour reprendre la formule de Jean-Claude Guédon, concevoir les sciences humaines comme une « Grande Conversation scientifique »Je développerai plus longuement cette notion de « Grande Conversation » dans le premier chapitre.

. C’est dans la controverse que l’on peut présumer d’une production inédite de connaissances.

L’une des fonctions de la communication scientifique en LSH revient alors à établir les conditions de la conversation : sa forme, sa temporalité, ses critères de scientificité, etc. Celles-ci dépendent en grande partie du milieu de communication, dont on a vu que les modalités et la matérialité subissaient une profonde mutation en versant dans le milieu numérique.

Milieu d’écriture par excellence, le numérique désigne avant tout une culture, comme l’a théorisé Milad Doueihi. Jenkins, pour sa part, introduit la notion de culture participative dont il associe le développement à la « transmédialité » du milieu numérique. Cette culture se caractérise effectivement par de nouvelles sociabilités se manifestant dans des formes d’écritures notamment conversationnelles. L’hypothèse que je souhaite alors explorer consiste à envisager des formes d’écritures conversationnelles propres à la culture numérique et susceptibles de produire des connaissances. Y a-t-il dans ces pratiques d’écritures un horizon possible pour la communication scientifique ? Un tel horizon suggère de reconceptualiser la conversation pour penser un régime d’autorité scientifique propre au numérique. L’édition scientifique peut-elle s’en emparer pour formaliser ces pratiques et institutionnaliser de nouvelles modalités de conversation scientifique ? Finalement, la revue est-elle encore un lieu d’innovation éditoriale à même d’accueillir et de normaliser ces écritures ?

Penser le numérique : une approche transversale

Ma problématique se situe au croisement de nombreux travaux aux approches disciplinaires variées, des sciences de l’information et de la communication à l’histoire et à l’épistémologie des sciences, ou encore à la philosophie du numérique. L’un de mes défis était donc de porter une réflexion large adressant autant l’évolution de la communication scientifique que celle de l’écriture, de ses formes et de ses modalités dans l’environnement numérique, ou encore la production de l’autorité et d’une économie – ou écologie – de la pensée collective. Mon approche, aussi bien théorique que méthodologique, est de fait redevable de tout un ensemble de courants et de systèmes théoriques que je listerai ici de manière brève et schématique, mais que j’aurai l’occasion de détailler dans le corps de la thèse.

Pour aborder l’édition savante, plusieurs auteurs et projets en sciences de la communication se sont intéressés spécifiquement à l’édition savante (Defays 2003; Jacobi 1999; Beaudry 2011; Schöpfel 2009), adoptant un angle communicationnel sur les modalités de la transmission des connaissances, sur les nouveaux usages et la mesure de ces usages dans la sphère académique. De son côté, les sciences de l’information poursuivent les efforts entamés dès les premiers systèmes d’information pour outiller et analyser les documents et les connaissances, par exemple sur le plan de leur indexation ou de leur circulation (Lariviere, Lozano, et Gingras 2013; Larivière, Haustein, et Mongeon 2015). À la croisée de ces disciplines, l’approche info-communicationnelle a été à l’origine d’une réflexion collective d’envergure sur le document numérique (Pédauque et Melot 2006; Pédauque 2011; Salaün 2012) se concentrant plus spécifiquement sur la transformation du document lorsque celui-ci devenait numérique, au travers de sa triple dimension : 1) le document comme forme, s’approchant des études sur le support comme l’histoire du livre par exemple, 2) le document comme signe, se concentrant sur un document porteur de sens et doté d’une intentionnalité, et 3) le document comme medium, questionnant le statut du document sur le plan social, dans le faisceau de relations qui le sous-tendent. Cette réflexion hérite des travaux de Manuel Zacklad qui élabore une pensée systémique sur le document numérique, ayant introduit les notions de « documentarisation » (Zacklad 2005) ou encore de « documents pour l’action » (2012, 2019), que j’articulerai en lien avec la notion d’éditorialisation.

Mais ma problématique se penche plus largement sur les pratiques des chercheurs dans le contexte du tournant numérique. Il s’agit de saisir la relation entre les « lieux de savoir » et les techniques intellectuelles liées à l’écriture et à son inscription, relation pour laquelle les travaux concernant l’histoire du livre et de l’imprimé ont été d’une aide précieuse. Je citerai en particulier les travaux de Moureau et Darnton (2006); Jacob (2007); Jacob (2011); Chartier (2009); Chartier (2016) qui se sont penchés sur l’écosystème matériel, économique, juridique et technique de l’imprimé, en cherchant à réinscrire sa production et sa circulation dans un faisceau d’enjeux déterminants pour les conditions de possibilité du savoir et des connaissances. Ces travaux ont su mettre en évidence à la fois les effets de continuité et de rupture de l’édition lors des innovations ou des mutations des supports et de ses techniques. Plus spécifiquement, l’histoire de la revue scientifique, à travers plusieurs travaux ancrés dans l’histoire de l’imprimé (Vittu 1998, 2001; Guédon 2001), s’est intéressée à l’émergence des périodiques savants, décrivant en particulier le double processus de formalisation et d’institutionnalisation d’un modèle éditorial alors inédit. Cet apport historique que je développerai dans le premier chapitre est une contribution essentielle pour concevoir les revues comme des lieux d’innovation éditoriale. Les revues sont-elles encore susceptibles d’innover et de se réinventer ? Pour répondre à cette question, la vision engagée de Jean-Claude Guédon m’aura été précieuse, s’efforçant de toujours articuler l’histoire longue ou récente du périodique avec les enjeux très politiques (Fyfe et al. 2017) d’une communication scientifique numérique.

Par ailleurs, l’écriture, dont je cherche à tracer l’évolution, s’inscrit elle aussi dans une temporalité longue au-delà de l’imprimé et du numérique, nos deux écosystèmes matériels en transition. Ainsi, l’histoire de l’écriture (Ong, s. d.; Christin 2012), lorsqu’elle est abordée notamment comme un fait anthropologique (Goody 1979), demeure un apport fondamental pour penser ce qui est à l’œuvre aujourd’hui à l’ère numérique. Cette approche anthropologique, ou encore ethnologique (Leroi-Gourhan 1964), considère la naissance et l’évolution de l’écriture comme indissociable de celles de la technique, justifiant une nécessaire remise en perspective de l’écriture à l’ère numérique.

Plusieurs travaux en philosophie du numérique ont repris cette réflexion particulière sur la technique (Stiegler 1994) ou encore, dans la perspective éditoriale, se sont intéressés aux structures de l’autorité dans l’environnement numérique (Vitali-Rosati 2018a), offrant des pistes de recherche et d’expérimentation pour envisager une épistémé numérique (Morandi et Carayol 2016), ou plus modestement des modèles épistémologiques appropriés au numérique pour les humanités (Doueihi 2011; Meunier 2014). La théorie de l’éditorialisation formalisée par Marcello Vitali-Rosati à partir de 2015 (Vitali-Rosati 2015a, 2016, 2018a), a particulièrement irrigué ma réflexion depuis 2009 lorsque j’ai rejoint l’équipe de l’IRIL’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou, fondé par Bernard Stiegler et dirigé par Vincent Puig.

en tant qu’ingénieur. Cette théorie, qui a pris forme lors du séminaire Écritures numériques et éditorialisation (2008-2019), s’est fondée sur plus de dix années d’échanges avec des chercheurs et des praticiens du numérique, pour tenter de saisir dans un concept encore en mouvement, l’éditorialisation, les processus de production et de circulation des connaissances à l’œuvre dans l’environnement numérique. Le concept m’accompagnera tout au long de la thèse et sera discuté à plusieurs reprises, soit pour en développer un aspect, soit pour en préciser ma conception personnelle.

En lien direct avec la théorie de l’éditorialisationEn lien de parenté tout du moins, puisque la paternité du terme dans le champ numérique est souvent attribuée à Bruno Bachimont (2007) qui l’emploie selon une définition plus restreinte mais cohérente avec la théorie de Marcello Vitali-Rosati.

, la compréhension des mécanismes de circulation suppose de saisir la relation entre la connaissance et son support d’inscription ; cette relation a d’abord été modélisée par le champ de recherche développé en France autour de Bruno Bachimont, à qui on attribue la théorie du support portant une attention particulière aux effets de l’évolution des supports de lecture et d’écriture sur ce qu’ils véhiculent (Bachimont 1996). Rejoignant les approches de l’archéologie des médias ou de l’intermédialité dont je parlerai dans un instant, ces recherches se focalisent sur la matérialité informatique des écritures et ses propriétés de calculabilité et de manipulabilité, permettant de comprendre, dans la lignée de Jack GoodyBruno Bachimont a en effet introduit le concept de « raison computationnelle » en écho à la « raison graphique » de Goody.

, les effets cognitifs d’une telle transformation et l’évolution de nos modèles mentaux des connaissances. Ces travaux trouvent un écho particulier avec la pensée développée par (Rockwell et Sinclair 2016, 2018) autour d’une nouvelle herméneutique du texte, lorsque les corpus sont outillés par un dispositif d’analyse – distant reading – permettant d’interroger le texte en même temps que la rédaction de l’analyse. Ces nouvelles écritures programmatiques (Crozat 2015) restent à interroger dans le cadre de l’édition scientifique et des revues, en particulier dans les humanités travaillées de plus en plus par des méthodes analytiques s’appuyant sur la modélisation algorithmique (Meunier 2014, 2019).

Ainsi, une large part théorique de la thèse s’intéressera spécifiquement à la question de l’écriture et à sa transformation dans un environnement numérique (Vitali-Rosati 2018b; Petit et Bouchardon 2017), questionnant de fait l’écrit scientifique et ses techniques intellectuelles institutionnalisées.

Les humanités numériques, de ce point de vue ont largement exploré l’impact de l’écosystème numérique sur leurs disciplines respectives, par exemple en histoire (Bertrand 2011), ou sur la recherche en sciences humaines en général (Berra 2012; Schreibman, Siemens, et Unsworth 2004, 2016; Brown 2011). Pour ce champ de recherche encore en développement, les débats sont avant tout d’ordre institutionnel (Berra 2015) ou épistémologique (Crompton, Lane, et Siemens 2016; Gold 2012; Gold et Klein 2019). Ces questions rejoignent d’ailleurs celles qu’ont pu poser les différents travaux en théorie de l’édition, cherchant à proposer un cadre de réflexion pour l’édition numérique (Dacos et Mounier 2010; Vitali-Rosati et E. Sinatra 2014), une analyse de l’écosystème de l’édition scientifique (Chartron 2006, 2010), notamment dans les nouvelles modalités d’accès (Willinsky 2009), de nouvelles pratiques d’évaluation (Fitzpatrick et Rowe 2010), ou encore pressentant le renouvellement de la critique et de ses modalités grâce à un modèle d’édition inédit mettant à jour l’interrelation des discours (Gabler 2010, 2011), qu’ils proviennent d’un auteur, d’un éditeur ou d’un lecteur.

À la suite de l’archéologie des savoirs proposée par Michel Foucault, l’archéologie des médias, telle qu’elle se développe notamment dans l’école finlandaise (Huhtamo et Parikka 2011; Parikka 2013), s’intéresse moins aux sociabilités qu’à la matérialité des médias en en retraçant les constructions profondes (Kittler 2015). Elle entend ainsi « revenir aux conditions de possibilité sous la forme des conditions de médialité, c’est-à-dire aux conditions qui permettent aux discours de prendre forme, elles-mêmes formellement déterminées par les conditions techniques des supports » (Bardini 2016).

Plus largement j’ancrerai une partie de mes réflexions dans les théories des médias. En poursuivant – modestement – les travaux de Louise Merzeau, ma thèse hérite nécessairement de la pensée médiologique et de la notion de milieu que je reprends pour figurer l’écologie médiatique du numérique. Je solliciterai également l’approche médiatique à partir de la théorie de l’intermédialité, telle qu’elle s’est développée au sein de ce qu’on appelle désormais « l’école de Montréal » (Mariniello 2003; Besson 2014; Larrue 2015; Routhier 2017), notamment autour du CRIalt Centre de recherche intermédiales sur les arts, les lettres et les techniques

. Ces travaux prétendent retracer la matrice des relations historiques, institutionnelles et matérielles entre les media qui, ensemble, établissent leurs modalités d’émergence. C’est sous cet angle spécifique que je mobiliserai la notion de « remédiation », attribuée initialement à Bolter et Grusin (2000), pour considérer la revue au-delà du format éditorial qui la définit et l’envisager pleinement comme media.

Cette démarche théorique n’est pas sans lien avec les travaux de Lionel Ruffel sur les pratiques littéraires contemporaines qui se sont affranchies du media livre et des canaux traditionnels de la publication. Ancrées dans des courants de pensée contre-hégémoniques (Ruffel 2016), féministes ou post-coloniaux, ces communautés littéraires réinvestissent la marge que leur offre le milieu numérique, dans lequel a pu s’établir une « écriture en mouvement » (Rongier 2017), caractéristique de ce milieu. Sur la base de ces analyses, je serai tenté de rapprocher ces pratiques et cette écriture à celles de communautés alternatives de savoir, m’incitant à élargir le champ des possibles de la communication scientifique.

Faire : l’expérimentation comme méthodologie

Ces apports théoriques n’auraient pu s’articuler ensemble dans mon étude sans le volet pratique qui caractérise la présente thèse. C’est en effet par la pratique que je suis venu à la recherche et au doctorat, et c’est par la pratique que j’ai pu construire mon raisonnement. En tant qu’ingénieur impliqué dans des projets intégrant conception, développement et réalisation d’outils et de dispositifs, j’ai ainsi été confronté à la recherche au travers de chercheuses et de chercheurs, et amené à développer auprès d’elles·eux une réflexivité sur ce que je faisais. En particulier, ma rencontre avec Louise Merzeau a fait suite à une expérimentation que j’ai menée à l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou (IRI) avec d’autres praticiens. En tant qu’observatrice participante, Louise Merzeau a entamé un travail d’analyse du dispositif d’éditorialisation que nous avions mis en place pour cette expérimentation. Publiée sous forme d’articles, la théorisation de notre dispositif a été pour la suite de mon parcours une révélation quant à l’intérêt potentiel des travaux d’ingénierie et de conception que je menais à l’époque au sein de l’IRI. Nourri également par le séminaire Écritures numériques et éditorialisation que j’ai co-organisé avec Marcello Vitali-Rosati entre 2009 et 2019, ma pratique puis plus tard mes travaux de recherche se sont enrichis du dialogue entre discours théoriques de chercheurs et témoignages de praticiens qui a fait la particularité du séminaire toutes ces années.

Ce dialogue et cet aller-retour permanent entre théorie et pratique a structuré l’ensemble de mon doctorat, comme en témoigne d’ailleurs la présente thèse, jusque dans ses modalités de rédaction et d’éditionJe développe cet aspect dans la partie suivante Éditorialiser : l’édition de la thèse comme processus de pensée.

. Le dispositif réalisé en 2012 et analysé par Louise Merzeau en 2013 constitue d’ailleurs un point de départ que j’ai réintégré dans le premier chapitre pour fournir une assise théorique à l’hypothèse d’un dispositif conversationnel de communication scientifique. Le projet de recherche Revue 2.0, qui constitue mon terrain pour le second chapitre, articule également approche d’enquête et approche expérimentale, chacune s’échafaudant au regard de l’autre. Enfin, la réflexion élaborée dans le dernier chapitre s’effectue au prisme de diverses expérimentations éditoriales menées pendant le doctorat, éclairant chacune un aspect de la thèse.

Par cette démarche dialogique, je m’inscris pleinement dans l’« épistémologie du faire » telle que le champ des Humanités numériques (HN) a pu l’ériger comme horizon de recherche. Il ne s’agit pas dans ma démarche de faire prévaloir l’empirie à la théorie. J’intègre ici les critiques qui ont pu être apportées par exemple par Granjon et Magis (2016), dénonçant le positionnement éthique des HN, certes porteur de valeursLes auteurs reconnaissent l’engagement des HN pour les « valeurs » suivantes : « l’ouverture, la collaboration, la participation, la collégialité, la solidarité, l’horizontalité, la diversité, l’humilité ou encore l’expérimentation » (2016, sur Hypothesis), mais ils en dénoncent un peu facilement le déterminisme technologique.

, mais détachées de toute critique sociale ou politique dont se réclament par exemple les media studies ou l’approche anglosaxone de la littérature comparée. Je ne peux adhérer complètement à cette critique puisqu’il ne me semble pas possible de vider la praxis de sa performativité politique et théorique. À titre d’exemple, les travaux théoriques sur la pratique du hack, à la base de cette épistémologie du faire, ont déjà mis en avant l’idéologie performative de ses communautés et leur engagement politique dépassant leur champ d’activité. Par ailleurs, je considère que le projet porté par les HN de hacker l’institution académique pour la rapprocher des problématiques de la société est d’ores et déjà un projet hautement politique et sociétal. Il est intéressant malgré tout de retenir de ces objections adressées aux HN l’avertissement de ne pas délaisser l’approche critique au profit d’une seule praxis. Les auteurs appellent ainsi les HN à s’engager dans une critique matérialiste susceptible de s’emparer des problématiques du réel. C’est précisément ce que je tente de faire dans cette thèse en agençant différentes pensées théoriques, dont les approches critiques des media studies, avec une démarche réflexive sur mes expérimentations. Je retrouve d’ailleurs cet assemblage vertueux lorsqu’il m’est donné de croiser compétences critiques et littératie numérique, que ce soit lors de mes expérimentations, lors de la rédaction et de l’édition numérique de la thèse, ou encore lors des formations et des enseignements que j’ai eu la chance de donner.

Éditorialiser : l’édition de la thèse comme processus de pensée

Toujours soucieux de combiner théorie et pratique, je ne pouvais décemment pas écrire et éditer la présente thèse sous Word. LateX constitue généralement l’alternative pour les doctorant·e·s ou les auteur·e·s scientifiques attentifs·ves à une édition de qualité. J’ai adopté pour ma part les principes de la chaîne de production éditoriale conçue et développée depuis 2016 à la CRC-EN, à la base notamment de l’éditeur scientifique Stylo. Cette chaîne s’appuie sur deux composants principaux, le protocole git pour la gestion de fichiers et le suivi de versions, et le convertisseur de formats Pandoc pour la conversion des sources vers les différents formats de diffusion. Pour les sources, trois formats standards de fichiers sont employés, selon un principe de séparation des différentes données nécessaires à la production des documents. Le texte est ainsi rédigé au format markdown, les métadonnées et les références bibliographiques sont respectivement produites au format yaml et au format bibtex.

À partir de ces éléments de base, j’ai élaboré un protocole, une chaîne de traitement et un environnement de travail spécifiques à l’exercice de la thèse, considérant un processus d’écriture au long court faisant intervenir plusieurs lecteurs et lectrices. J’ai notamment considéré que la stratification des versions constituait un aspect essentiel du travail de thèse, qu’il était nécessaire de rendre visible et accessible. Au versionnage détaillé des sources fourni par le protocole git, correspondant aux différentes sessions de travail, s’ajoute ainsi un versionnage éditorial correspondant à la soumission à mes premiers lecteurs d’un état notable satisfaisant du texte. Chacune de ces livraisons faisait l’objet d’une publication HTML, considérant que l’environnement web constituait désormais le milieu par excellence d’écriture, de diffusion et de circulation des connaissances. Vous lisez peut-être cette thèse au format PDF, peut-être a-t-elle même été imprimée sur papier, mais sa forme de diffusion de référence a été le HTML, éditorialisée et diffusée depuis le répertoire git de mon compte personnel sur framagitVoir à ce propos l’explication donnée au chapitre 3 dans la partie « Produire une sphère de publication : l’invention de Pink my pad »

. Ma première action quant à la rédaction de la thèse a en fait consisté à établir ses modalités d’éditorialisation. Modalités qui n’ont cessé d’évoluer et de s’enrichir au fur et à mesure de la rédaction. Il ne faut pas s’y tromper, l’écriture et l’éditorialisation de la thèse sont absolument indissociables et constituent en fait les deux faces d’un même processus de pensée. L’entreprise de la thèse ne se résume pas à la production d’un texte. Elle se conçoit aussi comme la mise en forme d’une pensée, concrètement réalisée dans ses multiples marques éditoriales. Ce qui était vrai déjà pour l’édition imprimée d’une thèse, aussi institutionnelle soit-elle, l’est d’autant plus dans l’environnement numérique du Web, où j’ai trouvé davantage de liberté et d’espace pour expérimenter des formes et des processus.

J’ai emprunté ainsi au chercheur et designer d’information Edward Tufte sa disposition de la page sur deux colonnes, l’une consacrée au texte principal, la seconde aux notes et aux illustrations. J’ai tenté de conserver cette disposition pour la version PDF de la thèse en expérimentant le framework Paged.js. Encore dans une version bêta au moment de la soumission de la thèse, Paged.js vient incarner le maillon manquant entre l’édition numérique HTML et la diffusion paginée (au format PDF ou imprimé)Paged.js est décrit par ses auteurs·rices comme “an open-source library to display paginated content in the browser and to generate print books using web technology”.

. Si je mentionne cette brique logicielle, ce n’est pas tant pour les efforts supplémentaires et les tâtonnements que m’a demandé la mise en page PDF sur une technologie encore trébuchante, mais pour souligner l’implication de la communauté des développeurs et des utilisateurs de Paged.js qui ont pu directement ou indirectement m’orienter dans l’utilisation du framework. Cette imbrication des forces n’est pas qu’une vue de l’esprit. Elle est une expérience que tout à chacun peut faire en gravissant de nouvelles marches de littératie numérique. Elle reflète finalement l’écosystème numérique tel qu’on le souhaite – “the Web we want”The Web we want est une initiative de Tim Berners-Lee, inventeur du protocole HTTP et du langage HTML en 1992, et qui avec d’autres précurseurs s’inquiètent de certaines dérives du Web et de l’Internet vis-à-vis de leurs valeurs fondatrices.

 – avec ses principes de partage de connaissances, d’ouverture des sources et de transparence des processus.

Bien entendu, ce processus d’écriture et d’éditorialisation interroge directement mon sujet, celui de formes potentielles pour l’édition scientifique en contexte numérique. Comme tout doctorant, j’ai eu la chance d’engager sur différents aspects de la thèse de nombreuses conversations avec plusieurs interlocuteurs. Il est indéniable que ces échanges ont été chacun à leur manière déterminants pour faire progresser l’écriture. Peut-on rêver alors d’une institution académique reconnaissant et valorisant le caractère collectif de toute thèse ? Ne serait-il pas plus intègre et « plus scientifique » d’identifier dans le texte les contributions de chaque interlocuteur ? On pourrait aussi aller plus loin et imaginer une thèse orchestrant une série de conversations collectives, tissant entre elles des associations inédites, que seule une pensée collective serait susceptible de faire émerger. Grâce à la publication HTML des versions successives de chaque chapitre, j’ai pu ouvrir un espace d’annotation sur lequel j’ai reçu des retours, des suggestions, des références nouvelles, propulsant l’écriture de la version suivante. Ce n’est pas le principe de relecture qui est ici intéressant en soi, mais son caractère public. Similaire au dispositif employé pour le dossier « Écrire les communs »Voir Ouvrir la gourvernance de la publication savante : « Écrire les communs » dans la revue Sens public.

, adopter une certaine transparence sur la fabrique – collective – de la thèse et des idées me semble être un pas en avant supplémentaire. Cette pratique n’est pas nouvelle et plusieurs thèses ont déjà pu se doter soit d’un espace d’annotation, soit d’un répertoire git rendant public le processus de la thèse. Reste à espérer que les institutions s’emparent de la pratique et instaurent sa reconnaissance.

Lorsque j’ai présenté un sujet encore balbutiant à un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal, celui-ci m’a suggéré d’orienter mon programme de doctorat sur l’option « recherche-création ». Avec sa récente reconnaissance institutionnelle auprès des universités et des instances de financement, la recherche-création reste au sein des SHS un champ aux multiples acceptations. Une première compréhension du terme suppose l’association d’une démarche artistique avec une activité de recherche, par exemple l’écriture littéraire et son étude littéraire. Mais on peut aussi élargir la recherche-création à toute démarche de recherche se confrontant à l’exercice d’une pratique. La dialectique vertueuse entre pratique et théorie est susceptible de produire alors une réflexivité réciproque permettant à chacune de progresser. Ma réflexion s’est effectivement nourrie de la pratique éditoriale exercée lors des projets présentés au chapitre 3, ou en tant qu’éditeur pour la revue Sens public ou pour la maison d’édition Les ateliers de sens public.

Mais plutôt qu’une recherche-création, je préfère envisager ce travail comme une recherche-action, au sens où ma pratique s’est également exercée au sein de la communauté de chercheurs, d’éditeurs et d’étudiants. Cet engagement s’est concrétisé par plusieurs actions, que ce soit les conversations engagées avec les éditeurs et éditrices de revues, les formations auprès des étudiant·e·s et des éditeurs·trices à l’outil Stylo et plus largement à des chaînes éditoriales alternatives, ou encore l’enseignement théorique délivré en classe inversée sur les enjeux de l’édition numériqueVoir les notices du wiki rédigées et éditées par les étudiants, et consacrées au cours « Théorie de l’édition numérique » que j’ai donné au semestre d’automne 2017 à l’Université de Montréal.

. Au-delà du cercle académique, je pense aussi à l’expérimentation menée pour le dossier « Écrire les communs » pour la revue Sens public, ou encore à l’usage de l’outil Pink my pad par des communautés non-académiques. Il y a dans cette démarche, qui est aussi la démarche de la CRC-EN, une volonté d’intervenir auprès de la communauté scientifique ou d’autres communautés de savoir, localement mais aussi plus globalementPar exemple, l’éditeur Stylo est désormais déployé sur les serveurs d’Huma-Num et proposé comme outil d’édition parmi la panoplie de ses services. Voir stylo.huma-num.fr.

.

La revue : un format, un espace et un collectif

Trois chapitres composent la thèse, chacun relevant d’un registre spécifique. Plutôt qu’un parcours linéaire, je propose trois perspectives différentes traitant de la revue en tant que format, en tant qu’espace et finalement en tant que collectif.

Dans le premier chapitre, la revue se conçoit d’abord comme format (c’est-à-dire par son modèle éditorial) puis comme media en considérant le milieu communicationnel dans lequel elle s’inscrit. Une première perspective historique sur l’émergence des périodiques savants au 17ème siècle permet de saisir l’innovation éditoriale qu’ont constitué la revue et l’article selon une double dynamique de formalisation et d’institutionnalisation de la forme épistolaire caractéristique de la République des lettres. Dans la partie « le moment numérique des revues », je dresse le paysage actuel de l’édition scientifique et montre le déphasage éditorial et institutionnel des revues au regard des nouvelles pratiques d’écriture. Ce constat révèle en fait les limites d’une conception de la revue comme seul format éditorial. Dans la partie « La revue à l’heure de sa remédiation », l’ouverture théorique des études médiatiques et plus particulièrement de l’intermédialité m’engage à désessentialiser la revue et à considérer son passage au numérique comme une « remédiation » intégrant pleinement les « conjonctures médiatrices » du milieu numérique. Je m’appuie pour cela sur les travaux de Louise Merzeau qui pose quelques pistes théoriques à partir de l’analyse du « dispositif d’éditorialisation », que je reprends à mon compte pour envisager une herméneutique collective et un modèle éditorial conversationnel pour la revue.

Le second chapitre abordera la revue comme espace collégial et conversationnel, où se structurent l’autorité et la légitimité scientifique. J’y rends compte des observations de terrain menées lors du projet Revue 2.0, dont un objectif consistait à modéliser le travail éditorial et la fabrique de l’autorité dans les périodiques de LSH. Les entretiens menés pendant l’enquête mettent notamment à jour la négociation constante établie entre les éditeurs et éditrices et leur propre protocole éditorial, négociation dont on peut tirer plusieurs conclusions. La diversité des modèles éditoriaux et des modalités de la construction de l’autorité bat en brèche le format idéalisé de la revue institutionnelle et son modèle épistémologique. Par ailleurs, la fabrique éditoriale de la revue établit un espace de négociation au sein duquel se joue déjà une conversation scientifique. Les aménagements réalisés pour négocier la réalité de la discursivité des sciences humaines avec les protocoles éditoriaux censés garantir la scientificité des revues participent d’une structuration de l’espace et de l’autorité propre à chaque revue. Ces aménagements m’incitent à penser que la revue gagnerait à ouvrir et rendre transparents ces aménagements, c’est-à-dire à ouvrir à ses lecteurs un espace nouveau, conversationnel. Il y a ici une opportunité pour les revues de repenser leur mission en considérant que la production de connaissances peut s’inscrire dans un processus collectif.

Enfin, le dernier chapitre s’affranchira temporairement de la revue pour considérer la conversation là où j’ai pu l’observer lors de diverses expérimentations éditoriales. Je présenterai ainsi plusieurs initiatives et projets explorant la forme conversationnelle comme principe de production et de circulation des connaissances. Chaque initiative s’appuie sur des espaces, des dispositifs ou des formats spécifiques, dont je m’attacherai à extraire quelques constantes en vue d’une éventuelle abstraction. Il sera temps alors de revenir à la revue scientifique et de s’inspirer de ces constantes pour projeter sa remédiation. Dans la fabrique de l’ouvrage collectif Version 0. Notes sur le livre numérique, le protocole éditorial a engendré des conversations de différentes natures, parmi lesquelles s’esquisse un collectif d’éditeurs et d’éditrices soudé·e·s par une même littératie et opérant dans un même espace d’écriture. L’exploration du collectif d’écriture se poursuit dans la partie suivante introduisant le Général Instin, projet littéraire au long cours, dont je mets en évidence l’écriture en mouvement faisant écho aux « écritures dispositives » déjà observées pour le dispositif d’éditorialisation analysé dans le premier chapitre. De ces modalités d’écriture, je tirerai en particulier une conclusion radicale sur la finalité de la conversation, qui consiste moins à produire de la connaissance qu’à faire collectif. Ces écritures conversationnelles incitent en effet à déplacer le regard des artefacts produits, de leur forme (conversation) ou même de leur espace (dispositif), pour s’intéresser à une autre finalité : le collectif lui-même. La partie suivante rend compte de l’événement scientifique Publishing Sphere, laboratoire d’espace public, où se sont réalisés des collectifs éphémères d’écriture et d’édition. L’analyse de cette expérience en présentiel et les détours rhétoriques qu’elle inspire engagent à réinscrire le collectif dans un nous et ainsi à reconjuguer au pluriel la formule faire collectif. De toutes ces expérimentations, de leur diversité de pratiques, de terrains et de discours, transparait de fait une convergence d’action. Celle-ci se matérialise dans un processus d’écriture continu par lequel les individus et les énoncés sont mis en conversation pour produire des collectifs en mouvement. Ces expérimentations me permettront finalement, dans le dernier chapitre de la thèse, de réinvestir mon objet, la revue scientifique, à travers la fabrique d’un dossier sur les communs que j’ai conçu pour la revue Sens public, en collaboration avec Sylvia Fredriksson. Pour ce dossier, l’expérimentation éditoriale nous a amenés à embrasser la dynamique collective en mettant en place un protocole éditorial spécifique, ouvert et inclusif vis-à-vis de la communauté de savoir mobilisée. Le récit et l’analyse de cette expérience me permettront de proposer des pistes pour faire science autrement en réalisant une véritable écologie politique.

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